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Les chatbots élèves : tout ce que l'enseignant décide avant la première question

Un assistant IA pour vos élèves ne vaut que par les règles qu'on lui donne. Quatre postures pédagogiques, six profils prêts à l'emploi, un périmètre disciplinaire strict, des sources que vous choisissez, des sujets que vous interdisez, et des réglages par défaut qui protègent avant de faciliter. Voici la mécanique complète des chatbots d'EvalIA, réglage par réglage.

Un élève de troisième bloque sur un exercice à vingt et une heures. Il ne va pas attendre demain. Il ouvre l'application qu'il a sous la main, pose sa question, obtient une réponse en quinze secondes, la recopie, ferme l'onglet. Personne ne saura ce qu'il a demandé, personne ne saura ce qu'on lui a répondu, et personne ne saura qu'il n'a rien compris.

C'est le point que nous avons développé ailleurs : le problème n'est pas que vos élèves utilisent l'IA, c'est qu'ils l'utilisent sans cadre, avec un outil qui répond à tout, qui donne la réponse au lieu de la faire chercher, et qui invente sans prévenir dès qu'il ne sait pas.

Un chatbot d'EvalIA répond au même besoin par l'autre bout. Ce n'est pas un modèle plus intelligent, c'est le même moteur avec des règles écrites par quelqu'un qui connaît la classe. Cet article décrit ces règles, une par une : celles que vous posez, celles que nous imposons, et celles qui s'appliquent quand vous ne décidez rien.

Ce que c'est, concrètement

Dans le Studio, vous créez un assistant. Vous lui donnez un nom, un message d'accueil, une discipline, un niveau, un thème. Vous choisissez sa posture pédagogique, ce sur quoi il s'appuie pour répondre, ce qu'il refuse d'aborder, qui peut lui parler et ce qu'il advient des conversations.

Puis vous le mettez à disposition de vos élèves, le plus souvent dans le portfolio de la classe, à côté de leurs corrections et de leurs ressources.

Rien n'oblige à n'en avoir qu'un. Un assistant de révision du brevet monté sur vos annales, un assistant de chapitre pour la séquence en cours, un assistant en langage simple pour un groupe de soutien : ce sont trois configurations différentes du même mécanisme, et elles cohabitent.

Quatre postures, et elles ne disent pas la même chose au modèle

Le premier réglage est le plus lourd de conséquences. Il détermine ce que l'assistant fait quand un élève lui pose une question.

Tuteur. Il explique. Il donne des exemples concrets, répond directement, propose des ressources complémentaires. C'est la posture attendue quand l'élève a manqué le cours ou n'a pas compris une notion.

Socratique. Il ne donne jamais la réponse. L'instruction est écrite ainsi, en toutes lettres, dans ce que reçoit le modèle : ne donne JAMAIS la réponse directement, réponds aux questions par d'autres questions, guide l'élève vers la découverte par lui-même, fais réfléchir sur les hypothèses, aide à structurer le raisonnement étape par étape. Un élève qui vient chercher la solution d'un exercice repartira avec une question à laquelle il peut répondre, pas avec la solution.

Quiz. Il interroge. Il pose des questions pour vérifier la compréhension, demande à l'élève d'expliquer son raisonnement, donne un retour après chaque réponse, identifie les lacunes. C'est la posture de révision avant un contrôle.

Mixte. Il choisit selon la situation : il explique quand on lui demande une explication, il questionne quand l'élève semble confus, il évalue quand l'élève veut vérifier qu'il a compris.

En mode quiz ou mixte, vous choisissez aussi les formats de questions : QCM à quatre options, vrai-faux avec justification, texte à trous, question ouverte courte, mise en relation, exercice d'application. Chaque format est décrit au modèle avec un exemple, et une règle commune les gouverne : attendre la réponse de l'élève avant de donner la correction. Un quiz qui livre la réponse dans la foulée de la question n'est pas un quiz.

Six profils pour ne pas partir d'une page blanche

Régler une posture, une personnalité, un niveau de langage, un degré de détail, une fréquence d'encouragement et une structure de réponse, cela fait beaucoup de curseurs pour un mardi soir. Nous proposons donc six profils qui les positionnent d'un coup, de façon cohérente.

Coach bienveillant : très encourageant, valorise les efforts, rassure. Socratique : fait réfléchir par le questionnement. Expert structurant : explications détaillées et méthodiques, point par point, ton formel. Entraînement : pose des questions et donne un retour après chaque réponse. Remédiation : soutien maximal, langage simple, très patient. Facilitateur critique : pousse à analyser en profondeur et à croiser les points de vue, niveau de langage avancé.

Un profil n'est qu'une amorce. Il pré-remplit la posture et les réglages pédagogiques, et tout reste modifiable ensuite. Surtout, un profil ne touche jamais à l'identité de l'assistant, ni à ses sources, ni à ses règles d'accès, ni aux données. Ces quatre domaines-là ne se règlent pas par défaut, ils se décident.

Cette grille de profils doit beaucoup à La Forge du Tuteur IA de l'Université de Lausanne, un outil libre qui traduit une quinzaine de cadres de la recherche en éducation, de Vygotski à Hattie en passant par Deci et Ryan, en vingt-cinq dimensions configurables. Nous n'avons pas repris ses vingt-cinq dimensions : nous avons repris son idée directrice, qui est qu'un tuteur se conçoit avant de s'écrire, et nous l'avons ramenée à nos champs réels. Le sixième profil, Entraînement, est le nôtre, parce que nous avons un mode quiz qu'elle n'a pas à outiller.

Les réglages fins

Sous la posture, six réglages précisent le comportement.

La personnalité décide du ton, et accessoirement du tutoiement : formel vouvoie l'élève et adopte un vocabulaire académique, amical le tutoie et reste décontracté, encourageant le tutoie et valorise explicitement les efforts, avec la consigne de rassurer en cas d'erreur.

Le niveau de langage se règle sur simple, standard ou avancé. Simple signifie des phrases courtes et pas de jargon technique, ce qui n'est pas la même chose que des explications fausses.

Le détail des explications va de concis à détaillé. Les analogies s'activent ou se désactivent. Les encouragements se dosent de minimal à fréquent. La structure des réponses se choisit entre texte libre, listes à puces et listes numérotées.

Ces réglages semblent cosmétiques. Ils ne le sont pas. Un assistant encourageant et détaillé pour un élève qui décroche, un assistant concis et formel pour une terminale qui prépare un oral : c'est la même différence qu'entre deux façons de reprendre un élève au tableau.

Ce qu'il sait, et surtout ce qu'il ignore

Un assistant qui répond à tout est un assistant qui invente. Deux mécanismes l'en empêchent.

Le premier est la base de connaissances. L'assistant peut s'appuyer sur les programmes officiels, qui sont indexés nativement dans EvalIA, et sur vos propres sources déposées dans le hub Sources : votre manuel, vos annales, vos fiches de méthode, vos dossiers documentaires. Il cherche dans ce corpus et répond en priorité avec ce qu'il y trouve. C'est ce qui sépare un assistant de révision du brevet monté sur vos sujets d'un modèle généraliste qui produira une réponse plausible sur le brevet en général.

Le second est le périmètre disciplinaire, et il est strict. Vous posez une discipline, un niveau, un thème. La règle donnée au modèle est absolue : il ne répond qu'aux questions relevant de son périmètre. Face à une question hors sujet, il ne répond pas, il explique qu'il est un assistant spécialisé et propose de revenir au cours. Une seule exception est prévue, celle des ponts entre disciplines qui servent directement la compréhension, comme un rappel de mathématiques pour un calcul de physique.

C'est le réglage que les enseignants sous-estiment le plus, et c'est celui qui change le plus de choses. Un assistant de SVT qui refuse poliment de rédiger une dissertation de philosophie n'est pas un assistant diminué, c'est un assistant de SVT.

Ce qu'il refuse

Certains refus sont les vôtres. Le champ des sujets interdits accepte ce que vous voulez tenir hors de la conversation, et l'assistant y répond qu'il ne peut pas en parler avant de proposer de revenir au cours. Un champ d'instructions spécifiques vous laisse écrire vos propres consignes, dans vos mots.

D'autres refus ne se règlent pas, parce qu'ils protègent des mineurs.

L'assistant ne répond jamais aux demandes portant sur la violence, l'automutilation, le suicide, les contenus sexuels, le harcèlement, la discrimination, les activités illégales ou les informations personnelles d'autres personnes.

Face à un élève qui semble en détresse, il exprime de l'empathie sans dramatiser, suggère d'en parler à un adulte de confiance, et donne les numéros nationaux gratuits, le 3018 contre le harcèlement et le 3114 pour l'écoute et la prévention, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une consigne explicite lui interdit de jouer un rôle de psychologue. Ce n'est pas de la prudence juridique, c'est la seule position tenable : un modèle de langue n'a pas à conduire un entretien de soutien avec un adolescent de quinze ans.

Face aux insultes, il ne répond pas au contenu offensant, rappelle calmement les règles, et propose de reprendre. Si cela persiste, il interrompt la conversation.

Face aux tentatives de manipulation, enfin, il ne révèle jamais ses instructions, ne prétend jamais être un humain ou une autre IA, et refuse poliment qu'on lui demande d'ignorer ce qu'on lui a dit.

Une dernière règle relève de la loi. En application de l'article 50 du règlement européen sur l'intelligence artificielle, l'assistant rappelle dès sa première réponse, en une phrase, qu'il est une intelligence artificielle configurée par l'enseignant, et répond toujours honnêtement à un élève qui lui demande s'il est humain. L'écran d'accueil de l'élève le dit également, avant même le premier message.

Les élèves qui ont besoin d'autre chose

Les profils d'adaptation que vous utilisez pour vos supports et vos évaluations s'appliquent aussi au chatbot. Un élève dyslexique, un élève à consignes fractionnées, un élève qui a besoin de temps : les mêmes réglages valent ici.

Pour les élèves allophones, l'assistant peut fonctionner en bilingue, avec un glossaire contextuel dans la langue d'origine.

Pour les langues vivantes, les réponses peuvent être lues à voix haute dans la langue cible, un assistant d'anglais parlant anglais avec une voix anglophone. Cette lecture se fait dans le navigateur de l'élève, localement : rien n'est envoyé sur un serveur, rien n'est enregistré. Le détail est dans l'article consacré aux langues vivantes.

Qui accède, qui voit, et ce qu'il reste demain

Vous choisissez qui peut parler à l'assistant : personne pour l'instant, les élèves qui ont un code d'accès, ou toute personne disposant du lien. Vous choisissez comment l'élève s'identifie : anonymement, par un pseudo, ou par un code personnel. Jamais par son adresse électronique.

Vous pouvez ouvrir l'assistant sur une plage de dates, sur certains jours, sur certaines heures. Vous limitez le nombre de messages par session et le nombre de sessions par jour. Vous autorisez ou non l'envoi d'une photo, l'envoi d'un document, l'export de la conversation par l'élève.

Vous décidez enfin de la durée de vie des conversations : aucun stockage, vingt-quatre heures, sept jours, trente jours, quatre-vingt-dix jours. Et vous décidez, séparément, si vous souhaitez pouvoir les relire.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est le seul réglage du produit qui arbitre entre deux besoins légitimes. Relire les conversations permet de repérer une incompréhension collective, et c'est précieux. Cela signifie aussi que l'élève qui écrit « je comprends rien depuis le début » sait que vous pourrez le lire. Les deux se défendent, et c'est pourquoi nous ne tranchons pas à votre place.

Nous tranchons en revanche pour les valeurs par défaut, et elles vont toutes dans le même sens. Par défaut, l'accès se fait par code et non par lien public. Par défaut, le bandeau de consentement est affiché. Par défaut, les conversations vivent vingt-quatre heures. Par défaut, l'enseignant n'y a pas accès. Par défaut, l'élève ne peut pas exporter. Un enseignant qui ne touche à rien obtient la configuration la plus protectrice, pas la plus pratique. Il faut cocher une case pour lire les conversations de ses élèves, et c'est délibéré.

La mascotte, qui n'est pas une décoration

Sur l'écran de l'élève, l'assistant a un corps : un petit personnage animé qui réagit à ce qui se passe.

Il ne mime pas des émotions. Il affiche des états réels du système. L'élève tape, il écoute. Le modèle génère, il réfléchit. Une photo est jointe, il examine. Trente secondes sans rien, il s'endort. Le quota de la session est épuisé, il dit au revoir.

Quant à ses réactions à ce que propose l'élève, elles ne sont pas devinées côté navigateur à coups de mots-clés. Le modèle rend son propre jugement sur une première ligne technique, retirée avant affichage, qui distingue une réponse juste, une réponse en partie juste, un élève qui se décourage. Le modèle qualifie, le code anime, et dans le doute rien ne se déclenche.

Le corps est commun à tous les chatbots. Le nom et la couleur, c'est vous qui les choisissez, parce que l'élève ne parle pas à EvalIA, il parle à l'assistant de sa classe. Le tout est dessiné à la main en SVG et CSS, sans aucune bibliothèque d'animation, et tout s'arrête si l'appareil de l'élève demande à réduire les animations.

Ce que cela ne fait pas

Un chatbot d'EvalIA ne note pas. Il n'alimente pas la correction de vos copies, et cette étanchéité est volontaire : ce qu'un élève raconte à son assistant de révision n'a rien à faire dans l'évaluation de sa copie.

Il ne remplace pas non plus l'adulte. Il refuse les sujets qui relèvent de la protection de l'enfance et renvoie vers des personnes et des numéros. C'est une limite assumée, pas une lacune à combler.

Il consomme enfin des messages sur votre compte, comme les autres fonctions IA d'EvalIA, ce que la page de consommation vous affiche en permanence.

L'élève de troisième de vingt et une heures posera sa question à une intelligence artificielle, que nous le voulions ou non. La seule variable qui reste à la main de l'enseignant, c'est laquelle, avec quelles règles, et qui les a écrites.

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